|
Avant
d'aborder concrètement les différents aspects du dressage
ainsi que les techniques à mettre en oeuvre, il est souhaitable
de préciser quelques règles simples que tout propriétaire
de Border doit connaître. Négliger d'en tenir compte
ne mène pas forcément à l'échec total
(encore que ... ) mais conduit souvent à un résultat
médiocre, largement en deçà de ce que le potentiel
du chien pouvait initialement laisser espérer.
|
Le temps ne pardonne
pas ce que l'on fait sans lui quand on dresse un animal il faut avoir
une double conscience du temps :
en termes d'âge et de maturité de l'animal d'une part
en termes de durée
minimale nécessaire à l'assimilation des connaissances d'autre
part.
|
Ceci
est d'autant plus important pour le Border que tout chez ce chien
l'incite à brûler les étapes...
|
L'âge
minimum
On a vu
que la réputation de précocité avait pu faire du
tort à la race. Le fait de voir un chiot extérioriser très
tôt des aptitudes naturelles peut laisser penser qu'il est capable
de travailler sur la ferme. Rien n'est plus faux. Il n 1 est apte ni physiquement
(les animaux qu'il doit rassembler et de conduire, courent plus vite que
lui) ni mentalement (il peut difficilement s'imposer en cas de coup dur).
D'autre
part la mise au troupeau suppose une éducation préalable
Obéissance de base) qui n'a pas encore été faite
à quatre ou cinq mois : pour pouvoir commencer, l'obéissance
de base doit être à la hauteur des aptitudes naturelles.
L'assimilation
des connaissances
Dresser
ne consiste pas seulement à aligner des exercices bout à
bout, séance après séance. Même s'il apprend
vite, le jeune chien ne comprend pas forcément d'emblée
ce qu'on lui demande; le fait de réciter une leçon par coeur
ne signifie rien en soi.
Seul
le temps, le changement de situations, d'environnement permettent d'ancrer
cet enseignement. Conséquence concrète : il est parfois
bon de laisser "reposer" un exercice plutôt que de vouloir forcer
à tout prix, au risque de braquer ou de dégoûter le
chien.
|
Dresser
c'est respecter une certaine logique : aller du connu vers l'inconnu
et du simple au compliqué.
|
Le travail d'un chien
de troupeau peut se résumer à quatre ou cinq mouvements
de base, relativement simples (à droite, à gauche, stop,
amène ... ; un dressage achevé et réussi signifie
qu'un exercice simple peut être exécuté dans toutes
les situations (qui, elles, peuvent s'avérer complexes!)
Ceci a des conséquences
tout à fait pratiques.
L'échec
est souvent dû à une absence de transition ou à
un manque de progressivité dans les situations de dressage
et non, comme on le croit souvent, à une mauvaise volonté
du chien.
Prenons
l'exemple du "couché" : un jeune chien qui a appris à rester
couché dans un endroit désert, à l'abri de toute
sollicitation et diversion extérieures ne va pas comprendre que
du jour au lendemain on lui demande d'exécuter le même ordre
au milieu d'animaux qui fuient au grand galop devant lui!
Pour
nous humains, l'ordre et le mouvement sont les mêmes ; pour le chien
en cours de dressage, le changement d'environnement et de situation sont
plus forts que le commandement.
Tout l'objectif du dressage consiste à faire comprendre qu'un ordre
peut et doit être exécuté en toutes circonstances.
En l'occurrence, la transition idéale consiste à travailler
le couché d'abord en présence d'animaux calmes voire statiques
( le filet s'avère dans ce cas bien utile).
Autre
exemple, à un niveau supérieur en termes de difficultés:
la conduite.
Vu
de l'extérieur, le mouvement du chien est le même lorsqu'il
ramène des animaux vers son maître que lorsqu' il les éloigne
il les pousse devant lui.
Et
pourtant! Dans le premier cas, cela est relativement facile pour lui car
son instinct l'incite généralement à ramener vers
le maître alors que le second cas présente une réelle
difficulté, précisément parce que le maître
se trouve derrière.
On
verra plus loin que l'objet du dressage à la conduite sera de faire
progressivement passer le maître du devant vers l'arrière
sans que le chien ne soit perturbé ni ne modifie son attitude envers
les animaux.
On
doit considérer le dressage idéal comme une progression
en "gigogne!' où tout ce qui suit, s'emboîte naturellement
dans ce qui précède. "En travaillant bien le rappel , vous
préparez la séparation " est un exemple de cette logique
de dressage.
|
De
tout ce qui précède, on déduira facilement
l'importance d'une éducation de base dont la majeure partie
s'effectue d'ailleurs sans troupeau: elle constitue les fondations
d'un édifice dont elle déterminé l'assise et
la solidité.
|
| ADAPTER
DES TECHNIQUES AU CARACTÉRE |
|
Contrairement à
ce que l'on croit trop souvent, on ne change pas le fond de caractère
d'un chien: on s'y adapte et on l'adapte. On améliore
certaines choses, on en masque d'autres (et c'est parfois beaucoup de
travail), on bonifie ou on gâche, et c'est ce qui fait toute la
différence entre un chien utilisable ou non, un bon et un mauvais
dresseur.
Si
on part du principe que bien poser un problème permet de faire
un grand pas vers sa solution, dresser consiste donc à adapter
des techniques et une chronologie en fonction des qualités
et des défauts de son élève. Pour analyser un Border
qui débute et pour faire une "lecture" exacte (mon chien est-il
pousseur, encercleur, est-il suffisamment mûr, etc.) mieux vaut,
pour un néophyte, s'adresser à quelqu'un de compétent:
l'encadrement de l'A.F.B.C. ainsi que celui de l'Institut de l'Élevage
sont là pour çà.
PAS DE MENTOR
On
a parfois prétendu que le jeune chien de troupeau apprenait son
métier au contact d'un adulte expérimenté. Pour ce
faire, autrefois on attachait même le plus jeune au plus âgé.
Il faut faire table rase de ce genre d'affirmations. Non seulement cette
pratique est inutile, mais elle peut même devenir un handicap qui
va se révéler dangereux par la suite.
En
effet, si l'on observe attentivement l'attitude d'un jeune chien lâché
en compagnie d'un mentor en train de travailler, on s'aperçoit
très rapidement que c'est d'abord les mouvements de son congénère
qui l'intéressent. Il risque alors de le considérer comme
un chef de meute et de se soucier beaucoup moins de son maître.
Par
ce biais, on tombe rapidement dans deux travers. D'une part, le chien
apprend tout seul, ou tout au moins il n'apprend plus par le canal de
son maître, et celui-ci va perdre à terme, tout ou partie
de son autorité.
D'autre
part, quand on retire le mentor, "l'élève" ne fait plus
rien, voire même se trouve complètement désemparé.
Le
propriétaire d'un jeune Border s'épargnera donc bien des
déboires et des désillusions en laissant cette "méthode"
de côté. Pour enseigner valablement les différents
types d'exercices, il dispose de celle des utilisateurs de Borders qui
elle, est largement éprouvée.
| CALME,
PATIENCE ET FERMETÉ |
|
Il est toujours facile,
sur le papier, de tracer le portrait théorique du dresseur idéal
et d'énumérer d'innombrables qualités, toutes plus
indispensables les unes que les autres pour réussir.
Hélas,
le lecteur débutant confronté à la mise en pratique
et à la réalité du terrain a parfois tendance à
laisser ces conseils à la porte du chenil tant leur nombre est
important et tant leur application peut lui sembler paralysante.
Dans un souci d'efficacité on s'est donc limité ici à
la présentation de quelques règles simples.
|
Retenez
tout d'abord que l'on n'arrive à rien en utilisant certains
procédés. On ne hurle pas et on ne frappe pas quand
on travaille un chien. Outre le spectacle déplorable qu'ils
donnent, cris et coups deviennent rapidement inefficaces dès
lors qu'ils se multiplient et qu'ils sont érigés au
rang de méthode de dressage.
|
Cet engrenage conduit
inexorablement à monter d'un cran à chaque fois, alors que
dans le même temps, ces procédés ont de moins en moins
d'effet.
Mieux vaut garder
son calme et son énergie pour hausser le ton au moment opportun.
Car le moment où la sanction est appliquée compte autant,
voire plus, que son intensité. La réprimande doit être
faite à l'instant même de la faute, pas après car
il est trop tard. L'exemple le plus frappant est celui du chien qui désobéit
manifestement en refusant de revenir au pied, puis qui exécute
enfin au bout de longues minutes et que le maître, excédé,
corrige une fois qu'il est à ses pieds.
Cet
exemple d'incohérence et d'intervention à contretemps (le
chien est sanctionné au moment précis où il fait
ce qu'on lui demandait) incarne le type de comportement à proscrire.
Le chien risque rapidement de ne plus rien comprendre à ce qu'on
attend de lui et surtout, il va perdre toute confiance en son maître.
|
Retenez
également qu'un ordre doit toujours être exécuté.
Ne laissez pas votre chien n'en faire qu'à sa tête,
c'est le meilleur moyen de le rendre inutilisable. Si vous avez
demandé "Stop" votre élève doit s'arrêter.
Insistez jusqu'à l'exécution. Quand il obéit,
flattez-le ( "C'est bien"). Si tel n'est pas le cas, réprimandez-le
:
la patience n'exclut pas la fermeté.
|
Vous avez à
votre disposition toute une gamme d'intonations en fonction de la faute
commise. Dans les cas très graves (donc très rares) corrigez-le,
non pas en le frappant, mais soulevez-le en le tenant de part et d'autre
du cou et secouez-le fermement pendant quelques secondes. Sans aucun danger,
cette méthode très efficace impressionne énormément
le chien - on évitera donc de l'utiliser sur des sujets timides
ou timorés qu'elle risque de traumatiser.
| Le
Border est un chien qui aime travailler et aime faire plaisir à
son maître. Profitez de ces atouts lors du dressage en conservant
et entretenant cette gaieté. En d'autres termes, il doit avoir
le "moral". |
La leçon de
dressage doit être le moins possible le théâtre de
rapports conflictuels : le conflit reste l'exception. Vous devez passer
plus de temps à flatter ou encourager votre élève
parce qu'il fait bien qu'à le punir parce qu'il fait mal.
N'oubliez
pas non plus que le dressage porte la signature de celui qui l'a
effectué: de même qu'on 'lit" le caractère d'un chien,
on devine comment il a été éduqué. Combien
de chiens, joyeux quand le maître ouvre la porte du chenil, changent
littéralement d'attitude et d'expression quand celui-ci dit "au
pied"...
Concrètement, pour
que votre chien ait le moral:
récompensez le à chaque action positive caressez-le
s'il est à vos pieds, encouragez-le s'il est à distance
("c'est bien"),
au cours de l'apprentissage de certains exercices délicats (exemple:
les conduites), s'il commence à douter ou à se poser des
questions, un "oui, c'est bien" opportunément dispensé (en
anticipant quelque peu) va non seulement le remettre en confiance mais
également éviter la faute.
ne le braquez pas inutilement en essayant de lui inculquer à
tout prix un exercice qu'il est manifestement trop jeune ou pas assez
mûr pour effectuer,
en cas de difficulté laissez ''reposer" un exercice pendant
quelques jours voire plus.
Dans le déroulement
d'une leçon:
évitez les séances longues et fastidieuses,
laissez votre élève se détendre pendant au moins
cinq minutes avant de commencer à travailler. Ceci est indispensable,
surtout chez les chiens nerveux qui vont ainsi "cracher" leur feu pendant
quelques minutes et vont ensuite être disponibles
donnez les ordres toujours avec le même mot ou la même
locution, et sans aucun commentaire
choisissez et privilégiez les ordres bi-syllabiques
assurez-vous qu'il a bien compris ce que vous attendez de lui, lors de
l'apprentissage d'un nouveau commandement
ne terminez jamais une leçon sur un échec ni sur une désobéissance,
mais plutôt sur un exercice réussi ou que le chien aime effectuer.
|
En
travaillant seul - ce qui est le cas quand on dresse son chien -
on peut, insensiblement et avec la meilleure volonté du monde,
ne pas remarquer certains détails et prendre de mauvaises
habitudes (de commandements, de placements).
Seul
le regard extérieur d'une personne compétente et expérimentée
permet de les détecter. En outre le changement d'environnement
et la présence de personnes étrangères sont
profitables au chien.
|
|