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Les premiers Borders arrivent en France à la fin des années soixante.
Ces importations, confidentielles au départ, sont le fait d'initiatives individuelles : le plus souvent des agriculteurs qui, à l'occasion de voyages d'étude ou d'achat de reproducteurs ovins, émerveillés par le travail de ces chiens, décident d'en ramener.

A l'époque, l'engouement n'était pas celui qu'on connaît aujourd'hui (et les tarifs pratiqués Outre-Manche pas les mêmes) ; avec le lot de moutons, il n'était pas rare que le vendeur britannique ajoutât un chiot en prime.

Les importations vont se poursuivre dans les années soixante-dix : massives et souvent, il faut bien le reconnaître, sans réel souci de qualité.

Une fois en France, ces chiens de qualité diverse - le meilleur y côtoyait le pire - ont amené certains éleveurs - une minorité - à s'intéresser de plus près à la race, à se déplacer en Grande-Bretagne pour voir des compétitions et se renseigner sur les techniques de dressage. Symbolique et significatif : l'importation en 1977 par l'ITOVIC (Institut Technique Ovin et Caprin), organisme de vulgarisation et de développement agricole, d'un mâle adulte dressé, Wardstone Spike (acheté quatre mille francs) fils du prestigieux Wiston Cap, le Border vraisemblablement le plus célèbre au monde.

Sous l'impulsion de Georges Charoy, technicien ovin, cynophile et utilisateur passionné, qui avait choisi puis ramené Wardstone Spike, et de Luc Gilbert, l'Institut va alors promouvoir dans le cadre de ses stages de formation professionnelle le rôle du chien de troupeau, à travers l'image du Border.

Par parenthèse, très peu d'adultes dressés ont été importés en France, contrairement à ce qui s'est fait dans d'autres pays continentaux comme la Suisse ou la Hollande, par exemple. Ceci s'explique surtout par les tarifs pratiqués : en effet il n'est pas rare de voir annoncer un adulte dressé au prix de 20000 francs.

Si l'on essaye d'expliquer le succès du Border, qui s'est imposé très rapidement - moins de dix ans - et qui représente plus de 90% des chiens de race utilisés au troupeau, il est clair que le "phénomène Border" que connaît la France s'analyse comme l'adéquation d'une race à l'évolution des conditions d'élevage.

A la fin des années soixante, le Border était le type de chien qui convenait aux nouvelles conditions d'élevage ovin. Il arrivait au bon moment. Autrefois, dans la conception extensive, le rôle du chien était de garder : tourner et retourner autour des brebis tout au long de la journée, étaler ou resserrer le troupeau, le défendre contre d'éventuelles agressions. Les nombreux troupeaux que l'on trouvait autrefois en Beauce et en Brie, ont disparu et le Centre-Ouest est devenu la première région ovine française.

En montagne, les chiens encadraient les transhumances de plusieurs milliers de têtes. Ce rôle de protection et d'encadrement des troupeaux n'a plus de raisons d'être, sauf exceptions régionales particulières. L'extension de la clôture électrique - qui constitue une véritable révolution -, l'évolution des pratiques d'élevage - les techniques de pâturage tournant - ont favorisé l'utilisation d'un chien tel que le Border.

Rassembler, déplacer rapidement des bêtes d'un parc à l'autre, faire monter un lot dans une bétaillère, isoler quelques animaux : les travaux d'aujourd'hui - de manipulation essentiellement - exigent un travail en finesse dans lequel ce chien excelle. Ces qualités exceptionnelles ont été développées et entretenues par une sélection spécifique et exclusive, à la différence des races françaises de chiens de berger qui ont perdu au fil des années leur destination première : le troupeau.

En devenant chiens d'attaque, de beauté ou de compagnie, les chiens de berger français - hormis quelques rares lignées ou individualités - n'ont plus été sélectionnés sur le critère utilisation au troupeau. Autour des années quatre-vingts, le Border a indéniablement profité de ces carences et du désintérêt des dirigeants des races françaises pour la discipline troupeau : les agriculteurs, ne trouvant plus dans ces races de sujets suffisamment bergers et à des prix abordables ont été contraints de se tourner vers le Border.

Très rapidement, le Border va devenir - et de loin - la première race utilisée au troupeau en France. La centaine d'inscriptions annuelles, à titre définitif, au L.O.F, (chiffre incluant confirmations et inscriptions à titre initial) ne représente qu'une infime minorité des naissances, le reste échappant - hélas - à tout recensement officiel.

Si dès 1980 - l'année suivant sa création -, A.F.B.C. qui a trouvé un soutien précieux à la Sous-Direction de l'Élevage du Ministère de l'Agriculture, met en place sa propre organisation avec une compétition spécifique (la Coupe de France), c'est en 1982 qu'un Border décroche pour la première fois, le titre de champion de France inter-races. Oscar - qui gagnera également l'édition 1983 , conduit par François Nargeot, sera le premier d'une liste sur laquelle va désormais figurer une majorité de Borders.

Par huit fois, entre 1982 et 1993, un Border sera Champion de France. Le titre échappe parfois à la race, mais le premier Border n'est jamais bien loin sur le podium, et le palmarès du championnat a connu quelques tirs groupés mémorables à l'exemple de l'édition 1993 qui voit huit Borders aux huit premières places! Pour spectaculaire et remarquable qu'elle soit, cette évolution aurait pu être stoppée - de fait - par les difficultés de l'élevage ovin en France.

Son second souffle, la race va le connaître pendant les années quatre-vingts dans le cadre du développement de l'utilisation sur bovins et sur d'autres espèces - le porc notamment -. Si à l'époque, on avait prédit aux bergers qui introduisaient la race dans le Centre-Ouest que quinze ans plus tard elle enthousiasmerait les éleveurs de bovins et que l'essentiel de son expansion de la fin du siècle se ferait sur ce terrain, nul doute qu'on aurait provoqué plus qu'un sentiment d'incrédulité!

Et pourtant le "boulevard" qui s'ouvre alors devant la race en matière de possibilités d'expansion, est impressionnant : élevage laitier, puis élevage allaitant où tout reste à faire. Cette évolution est en cours niais on peut d'ores et déjà dégager trois explications de ce qui constitue à l'évidence un succès.

D'abord les impressionnantes facultés d'adaptation de ce chien qui, la plupart du temps, "passe" de l'ovin au bovin ou aux porcins sans problème. Accessoirement il profite de l'atout du nombre : les lois de l'économie nous apprennent que lorsqu'une demande existe, le plus important est que l'offre puisse la satisfaire.

Or, actuellement, le Border est la seule race capable de répondre à cette demande à une certaine échelle.

Deuxième raison de ce succès : le pragmatisme et le dynamisme du club de race, l'A.F.B.C., qui dès 1988 avait mis au point un règlement de concours sur bovins ; concours qui, quelques années plus tard, serviront de base à ceux organisés par l'Institut de l'Élevage. La Bretagne, terre d'élection de l'élevage laitier, où l'on dénombrait déjà quelques chiens au début des années quatre-vingts, a ainsi constitué le cadre de départ et le champ d'action idéal de cette orientation. Les éleveurs y ont travaillé avec le même enthousiasme, le même dynamisme et la même volonté de promouvoir et de vulgariser les techniques que ceux du Centre-Ouest quelque quinze ans plus tôt.

La troisième raison réside dans la synergie - de fait - entre l' A.F.B.C. et le groupe de moniteurs de chiens de troupeaux de l'Institut de l'Élevage. A l'image de l'ITOVIC, l'ITEB (Institut Technique de l'Élevage Bovin) proposait depuis 1987 des stages de formation à destination des éleveurs de bovins ; au fil des années le groupe de moniteurs s'est étoffé et structuré. Le nombre des sessions a augmenté, permettant ainsi de couvrir toutes les zones d'élevage ainsi que les différents types d'élevage ; en 1992 la dénomination ITEB disparaissait au profit de celle d'Institut de l'Élevage. Pour un coût dérisoire, en regard des améliorations attendues - dont une partie peut d'ailleurs être prise en charge par un financement du FAFEA - , les participants assistent à trois au quatre journées suffisamment espacées (un à deux mois) pour laisser le temps de travailler dans l'intervalle.

Sur le terrain, les Borders représentent la grande majorité des chiens ; et comme la plupart des moniteurs de l'Institut sont conducteurs de Borders en concours et que certains d'entre eux assument des responsabilités au sein de l'AFBC, ils sont particulièrement bien placés pour suivre et apprécier l'évolution de la race.

On l'aura compris, le succès du Border s'explique parce que son développement a été conduit dans un cadre professionnel agricole : cela constitue un fait unique dans l'histoire de la cynophilie française, de même que le test d'aptitude au travail pour la confirmation
Tout cela a permis d'asseoir son développement quantitatif et dans le même temps, d'assurer une sélection qui préserve et améliore les aptitudes au troupeau.


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Dernière mise à jour le 16/04/2006 à 10:44:45