
A l'époque, l'engouement n'était pas celui qu'on connaît aujourd'hui (et les tarifs pratiqués Outre-Manche pas les mêmes) ; avec le lot de moutons, il n'était pas rare que le vendeur britannique ajoutât un chiot en prime.
Les importations vont se poursuivre dans les années soixante-dix : massives et souvent, il faut bien le reconnaître, sans réel souci de qualité.
Sous l'impulsion de Georges Charoy, technicien ovin, cynophile et utilisateur passionné, qui avait choisi puis ramené Wardstone Spike, et de Luc Gilbert, l'Institut va alors promouvoir dans le cadre de ses stages de formation professionnelle le rôle du chien de troupeau, à travers l'image du Border.
En montagne, les chiens encadraient les transhumances de plusieurs milliers de têtes. Ce rôle de protection et d'encadrement des troupeaux n'a plus de raisons d'être, sauf exceptions régionales particulières. L'extension de la clôture électrique - qui constitue une véritable révolution -, l'évolution des pratiques d'élevage - les techniques de pâturage tournant - ont favorisé l'utilisation d'un chien tel que le Border.
En devenant chiens d'attaque, de beauté ou de compagnie, les chiens de berger français - hormis quelques rares lignées ou individualités - n'ont plus été sélectionnés sur le critère utilisation au troupeau. Autour des années quatre-vingts, le Border a indéniablement profité de ces carences et du désintérêt des dirigeants des races françaises pour la discipline troupeau : les agriculteurs, ne trouvant plus dans ces races de sujets suffisamment bergers et à des prix abordables ont été contraints de se tourner vers le Border.
Si dès 1980 - l'année suivant sa création -, A.F.B.C.
qui a trouvé un soutien précieux à la Sous-Direction
de l'Élevage du Ministère de l'Agriculture, met en place
sa propre organisation avec une compétition spécifique (la
Coupe de France), c'est en 1982 qu'un Border décroche pour la première
fois, le titre de champion de France inter-races. Oscar - qui gagnera
également l'édition 1983 , conduit par François Nargeot,
sera le premier d'une liste sur laquelle va désormais figurer une
majorité de Borders.
Par huit fois, entre 1982 et 1993, un Border sera Champion de France. Le titre
échappe parfois à la race, mais le premier Border n'est
jamais bien loin sur le podium, et le palmarès du championnat a
connu quelques tirs groupés mémorables à l'exemple
de l'édition 1993 qui voit huit Borders aux huit premières
places! Pour spectaculaire et remarquable qu'elle soit, cette évolution
aurait pu être stoppée - de fait - par les difficultés
de l'élevage ovin en France.
D'abord les impressionnantes facultés d'adaptation de ce chien
qui, la plupart du temps, "passe" de l'ovin au bovin ou aux porcins sans
problème. Accessoirement il profite de l'atout du nombre : les
lois de l'économie nous apprennent que lorsqu'une demande existe,
le plus important est que l'offre puisse la satisfaire.
Or, actuellement, le Border est la seule race
capable de répondre à cette demande à une certaine
échelle.
Deuxième
raison de ce succès : le pragmatisme et le dynamisme du club de
race, l'A.F.B.C., qui dès 1988 avait mis au point un règlement
de concours sur bovins ; concours qui, quelques années plus tard,
serviront de base à ceux organisés par l'Institut de l'Élevage.
La Bretagne, terre d'élection de l'élevage laitier, où
l'on dénombrait déjà quelques chiens au début
des années quatre-vingts, a ainsi constitué le cadre de
départ et le champ d'action idéal de cette orientation.
Les éleveurs y ont travaillé avec le même enthousiasme,
le même dynamisme et la même volonté de promouvoir
et de vulgariser les techniques que ceux du Centre-Ouest quelque quinze
ans plus tôt.
La troisième raison réside dans la synergie - de fait - entre
l' A.F.B.C. et le groupe de moniteurs de chiens de troupeaux de l'Institut
de l'Élevage. A l'image de l'ITOVIC, l'ITEB (Institut Technique
de l'Élevage Bovin) proposait depuis 1987 des stages de formation
à destination des éleveurs de bovins ; au fil des années
le groupe de moniteurs s'est étoffé et structuré.
Le nombre des sessions a augmenté, permettant ainsi de couvrir
toutes les zones d'élevage ainsi que les différents types
d'élevage ; en 1992 la dénomination ITEB disparaissait au
profit de celle d'Institut de l'Élevage. Pour un coût dérisoire,
en regard des améliorations attendues - dont une partie peut d'ailleurs
être prise en charge par un financement du FAFEA - , les participants
assistent à trois au quatre journées suffisamment espacées
(un à deux mois) pour laisser le temps de travailler dans l'intervalle.
Sur le terrain, les Borders représentent la grande majorité
des chiens ; et comme la plupart des moniteurs de l'Institut sont conducteurs
de Borders en concours et que certains d'entre eux assument des responsabilités
au sein de l'AFBC, ils sont particulièrement bien placés
pour suivre et apprécier l'évolution de la race.