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Ces réflexions de Mme Turner sur l'avenir du Border Collie français sont à mettre en parallèle avec celles d'une autre éleveuse, Mme Mandy Atterton, de Garrowby en GrandeBretagne. Les Atterton sont bergers, ils entretiennent plus de mille brebis et utilisent des Borders depuis des années, sur la ferme comme en concours. Dans une interview accordée au magazine Farmers Weekly en août 93, Mme Atterton, s'inquiétant tout haut quand d'autres le font tout bas, révélait que les Borders peu à peu dégénèrent dans leur pays d'origine. Beaucoup d'entre eux, selon elle, sont même devenus incapables d'assurer le travail quotidien. « Leur problème principal est un manque de capacités physiques, ce qui est grave, par exemple lorsque vous devez tondre par un jour de chaleur », déclarait Mme Atterton.

Poursuivant ce tableau plutôt sombre, elle disait entendre parler de chiens timides, caractériels, paresseux, sourds, et même de chiens tombant raides morts au travail. Pour elle, l'origine du problème est à rechercher dans l'inbreeding et la pratique du concourshobby, c'est-à-dire l'existence d'une clientèle de concurrents qui ne sont pas des professionnels du mouton. Il faut remarquer que nous n'avons pas encore ce problème en France, mais que cela ne saurait tarder.

Ailleurs en Europe, notamment en Hollande, le concours sur troupeau est pratiqué comme un divertissement. En quoi ces pseudoutilisateurs nuisent-ils à la race ? Mandy Atterton leur reproche de faire de l'élevage - grâce au renom acquis en concours - sans se soucier des qualités primordiales de ce chien d'utilité : puissance physique, mental d'acier. S'ils les ignorent complètement c'est parce qu'ils n'ont aucune idée de ce que représente le travail de tous les jours sur un troupeau. Autrefois, dit-elle un peu crûment, les mauvais chiens étaient abattus, aujourd'hui on les garde, on les cajole et, finalement, il se peut qu'on en fasse encore des chiens que l'on voit en concours et certains connaissent des succès. La seconde raison indiquée par Mme Atterton pour expliquer une dégénérescence de la race est l'inbreeding et elle en vient même à suggérer que l'on pratique un croisement de retrempe avec du Kelpie australien ou du Bearded des souches travail puisqu'il en existe outre-Manche.

De part et d'autre du Channel, les préoccupations concernant le Border Collie se rejoignent. Mandy Atterton comme Andréa Turner s'étendent sur le fléau des tares oculaires et souhaitent des contrôles plus rigoureux encore ; l'une et l'autre s'inquiètent des conséquences d'un mode de sélection. En France on a pratiqué autrefois sur nos races bergères des « concours itinérants > , sortes d'examens des aptitudes et du comportement du chien chez lui, sur son troupeau. L'intérêt de ce travail était de ne pas laisser la part trop belle aux seules stars des concours, d'élargir la base de sélection. Plus cette base se restreint et plus on a de chance de produire des chiens qui, comme le dit Mandy Atterton, sont incapables de supporter la pression d'un vrai travail et s'éclipsent dès que l'on hausse le ton. Pour un chien de berger, la couleur ou la longueur du poil n'ont pas d'intérêt, c'est du snobisme. Mais curieusement on retrouve le même genre de snobisme dans l'excès inverse lorsque l'on se refuse à considérer la morphologie (taille, profondeur de poitrine, reins...) comme un facteur aussi important que l'instinct de rassembler.


A quoi sert d'avoir un bon berger incapable d'efforts soutenus ?

Le Border Collie est une réussite de la nature et des bergers tout à fait exceptionnelle et qu'il faut préserver. La tâche des responsables dans toutes les instances cynophiles qui président à ses destinées est délicate, elle demande un certain sens de l'ouverture, de la tolérance et parfois du courage. En France, après la victoire d'un Border au championnat d'Europe d' agility, il devient évident que les données du problème vont se compliquer car la demande en chiens pour des disciplines ludiques pourrait bien augmenter très sérieusement. Or ceux-ci ne peuvent, ni ne doivent, être inscrits sur le même Livre des origines que les chiens d'utilité. Verrons-nous arriver en concours des utilisateurs d'un jour venus là pour obtenir la confirmation de leur chien et éventuellement s'amuser avec quelques brebis ?

Pour ma part, j'espère avoir fait comprendre aux citadins que le Border Collie est avant tout un berger, et qu'il est dans leur intérêt de respecter cet atavisme et de le protéger.

Le principe de sélection appliqué à cette race depuis toujours selon un seul critère, l'aptitude au travail sur troupeau, en a fait ce qu'il est aujourd'hui : un chien de travail, beau et qui peut être polyvalent. On a vu ce que pouvait donner une sélection axée sur des détails non pertinents ou dispersée dans plusieurs directions.
Qui trop embrasse mal étreint... En quelques années, des races ont vu disparaître complètement leurs instincts pour n'en garder que des traces inexploitables, sans compter diverses tares. Il n'est peut-être pas si souhaitable, comme on le croit en GrandeBretagne, de se donner la polyvalence comme objectif. En France, la confirmation, basée sur un test de travail, doit rester ce qu'elle est, mais ce n'est là qu'un aspect d'une sélection saine. Le dépistage des maladies congénitales doit être entrepris très sérieusement et l'inscription à titre initial doit être ramenée à des proportions plus raisonnables.

Le Border Collie est à un tournant de son histoire. Il est parfaitement vain de continuer à ignorer les utilisations de cette race dans d'autres disciplines ou dans certains "sport" tout en vendant d'un air dégouté des chiots à leurs adeptes. Il faudra tôt ou tard accorder un statut à ces autres Borders Collie.

Le modèle britannique avec ses trois registres séparés prévaudra-t-il?
Quel meilleur exemple que celui du pays d' origine de cette race pourrions-nous trouver, qui garantit aux souches bergères leur maintien, aux autres leur reconnaissance grâce à une totale indépendance?



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